ARANYA JOHAR, LA POETESSE

 
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Le slam : le rythme des mots, la langue de l'égalité

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Pensez à l’Inde, quelles images vous viennent à l’esprit ? Les monastères hissés à flanc de montagne aride, les plantations de thé et la végétation luxuriante à perte de vue, les temples à l’architecture hypnotique, les eaux sacrées du Gange ou encore les nuages de couleurs de la grande fête d’Holi. Car l’Inde c’est tout ça, et bien plus encore, oui. Mais l’Inde est également l’une des sociétés les plus complexe et surtout les plus patriarcales au monde.

Selon un rapport publié par la Commission Nationale pour la Protection des Droits de l'Enfant de 2018, près de 40% des adolescentes de 15 à 18 ans abandonnent l’école en Inde sous la pression familiale et sociale, forcées d'assumer des tâches ménagères ou de mendier. Dans la série discriminations contre les femmes, on peut rajouter ce chiffre qui fait froid dans le dos : en Inde, une femme est violée toutes les 22 minutes...   

A l’été 2018, un classement de la Fondation Thomson Reuters a conféré à l’Inde le titre de « pays le plus dangereux pour les femmes », devant l’Afghanistan, la Syrie, la Somalie et l’Arabie Saoudite*. Pas de quoi fanfaronner. Et d’ailleurs, les Indiens et Indiennes ont plutôt mal pris cette annonce, entre colère et réflexion. Depuis, nombreux sont ceux et celles, responsables politiques ou simples citoyen.ne.s, qui ont pris la parole pour dénoncer la condition des femmes dans le pays.

Mais d’autres n’ont pas attendu ce classement pour faire entendre leur voix et dénoncer les discriminations qui touchent les femmes en Inde. Parmi ces voix, Aranya Johar, une jeune étudiante de Bombay.

 

“I once heard : if you teach a woman, you tech a family. But I believe : if you teach a woman, you free a nation.”

“J’ai entendu un jour : si tu enseigne à une femme, tu enseigne à toute une famille. Mais moi je crois : si tu enseigne à une femme, tu libères tout un pays.”

 

Il n’est pas facile d’attirer l’attention et de convaincre les autorités de s’occuper de ces questions lorsque l’on est soi-même une jeune femme dans cette société misogyne. Mais grâce à la culture de “l’open-mic” et du stand-up qui commence à s’installer dans le pays, les scènes deviennent des espaces d’expression libérée (en partie) de la censure.

Par le slam, cette forme de poésie parlée, les artistes abordent des sujets forts, mettent en cause la politique, dénoncent les discriminations, interrogent leur identité. Si Aranya n’est pas la première à s’en emparer pour faire la lumière sur la misogynie et les pressions de la société indienne, elle connaît en revanche un succès fulgurant non seulement en Inde, mais dans le monde entier.

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Née dans une famille qu’elle reconnait être privilégiée, c’est son frère, Ankur qui l’initie au féminisme dès son jeune âge, la poussant à ne pas avoir honte de ses règles et veillant à ce qu’elle lise sur le sujet. Puis, c’est son professeur de sociologie qui, animant des discussions à son tour sur le sujet, entraîne Aranya à se poser toujours plus de questions sur les pressions subies par les femmes.

La première fois qu’elle monte sur une scène ouverte, c’était à Bombay et elle avait tout juste 13 ans. “C’était la première fois que je cochais 'Avez-vous plus de 18 ans', alors que ce n’était pas le cas". Son premier succès, c’est “A Brown Girl's Guide to Gender", ce slam très fort et très poétique, évoquant la misogynie qui l’entoure et qu’elle écrit et interprète pour la première fois en 2017. En deux jours seulement atteint plus d’un million de vues, et sa parole se répand à travers le pays et le globe.

 
 


Cette pièce, elle l’a écrite à peine une semaine avant de l’interpréter pour la première fois, juste pour elle, et ne s’attendait pas à un tel accueil du public. Encouragée par sa famille, elle poursuit ses écrits. Soucieuse de produire un travail unique, elle met dans son travail son vécu, et rend ainsi ses poèmes puissant la force de leur réel. Elle y inclus notamment des références aux pressions subies par les hommes et remercie les hommes féministes, une dimension qui est pour elle capitale.


“Le féminisme signifie l'égalité. Être féministe aujourd’hui, c’est faire en sorte que vous teniez à inclure toutes les intersections en son sein et à vous rendre compte que nous ne sommes pas contre les hommes.”


Ses slams suivants sont aussi forts, tant dans la beauté des mots que la puissance des messages, et malgré les menaces régulières qu’elle reçoit, elle continue haut et fort à réclamer l’égalité et clamer son amour pour son pays qu’elle sait capable du meilleur.


Avec “A Brown Girl's Guide To Beauty", elle s’attaque au jugement permanent de tout, de la couleur de sa peau à la forme de son corps - mais également aux injonctions subies par les garçons.

 

Avec “Language of Equality”, Aranya souligne le manque d’accès à l’éducation pour les femmes et rappelle les femmes qui ont lancé le mouvement pour l'éducation des filles en Inde.

“To India with love” professe son amour pour l’Inde et sa foi pour un futur plus égalitaire dans son pays qu’elle sait imparfait mais qui peut voir de meilleurs lendemains.

 

“To Bleed Without Violence” s’attaque au tabou des règles, qui en Inde atteint des proportions immenses, et au contraire les célèbre.

 

Plus de slameuses puissantes


"Mon vagin n'a plus besoin d'un monologue" - Le poème de Priya Malik avec Siddhant est une ôde au droit d'une femme à choisir et à son droit sur son corps.

Poète et activiste originaire du Soudan, Emi Mahmoud prononce ce slam d’une puissnace inouïe en 2015, lors du World Poetry Slam à Washington, D.C.

Avec ce poème, Mwende "FreeQuency" Katwiwa dénonce le racisme ordinaire, la violence policière contre les personnes noires et l’impunité avec des parole très fortes.

“Truth about being a girl” de Aija Mayrock expose les dures réalités auxquelles les femmes et les filles sont confrontées chaque jour.